Profanes

Les trois tamis de Socrate

Un jour, quelqu’un vint voir Socrate et lui dit :
– Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.
– Arrête ! Interrompit l’homme sage. As tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
– Trois tamis ? dit l’autre, empli d’étonnement.
– Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu a as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est de celui de la Vérité. As-tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?
– Non ; je l’ai entendu raconter, et …
– Bien, bien. Mais assurément, tu l’as fait passer à travers le deuxième tamis. C’est celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n’est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?
Hésitant, l’autre répondit : non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire …
– Hum, dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as à me dire …
– Utile ? Pas précisément.
– Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l’oublier …

Note : 5 sur 5.

Hiérarchisation des choses



Vous savez les hommes d’affaires, les chefs d’entreprise n’ont jamais beaucoup de temps :  ils ont un problème pour gérer leur agenda.
A l’occasion d’un séminaire, on a convoqué un vieux professeur d’économie qui est aussi un sage pour parler de ce problème de gestion du temps. Comme ces gens sont hyper pressés, on n’a donné à ce professeur qu’un quart d’heure pour tout expliquer.
Alors il se demande comment il va s’en sortir et il trouve une solution.
Il y a une table au pied de l’amphithéâtre où il va faire son exposé et sur la table il a mis un petit aquarium dans lequel il n’y a pas de poissons mais seulement de l’air.
Quand les hommes d’affaires arrivent pour ce quart d’heure, sans dire un mot, il commence par sortir calmement de sous la table une caisse de gros cailloux et les dispose un par un tranquillement dans l’aquarium de façon à ce qu’il n’y ait plus de place.
Il demande alors à ces hommes d’affaires : est-ce que ce grand bocal est plein ? Eux de répondre oui.
Alors de derrière la table il ressort du gravier, des petites pierres et il commence à les vider dans son bocal pour arriver à combler les vides du grand aquarium. Il repose la même question : est-ce que le bocal est plein ? La plupart se doutent qu’il est plein et disent oui.
Mais sans rien dire une fois de plus, le vieux professeur ressort un sac de sable qu’il commence à verser entre les graviers et finit par combler tous les minuscules trous créés par les interstices du gravier.
Il pose la même question : est-ce que le bocal est plein ? Ils répondent tous ensemble non. Car ils se doutent qu’on peut encore ajouter quelque chose et effectivement il ajoute de l’eau.
« Là c’est vraiment plein leur dit le vieux sage ».
Puis il dit à ces hommes d’affaires : que croyez-vous que j’ai voulu vous montrer en faisant cette expérience ? 
Le silence se fait dans la salle et le vieux professeur se met à expliquer calmement.

« Les grosses pierres sont les tâches les plus importantes de votre vie : elles correspondent à votre famille à vos épouses, à vos enfants à vos parents frères et sœurs, votre santé, votre travail.
Les petites pierres sont le reste des tâches qui caractérisent votre vie : vos passions, vos entreprises, vos activités sportives ou humanitaires, vos obligations : le vote, les papiers administratifs, vos assurances, vos comptes et vos plans de retraite.
Le sable quant à lui rassemble toutes les petites taches agréables de la vie et nécessaires à votre bien-être : sortie en famille, en couple, entre amis, vos vacances, vos soirées, et quant à l’eau, seule chose qui puisse remplir complètement tous les espaces vides ce bocal et de plus pénétrer pleinement la pierre poreuse est pour certains, votre amour du prochain, et pour d’autres votre respect de l’humanité.
Voyez il y a plusieurs choses que j’ai voulu vous faire comprendre à travers cette si simple expérience : si j’avais mis en premier le sable puis les graviers puis les gros cailloux rien ne serai rentré comme il le fallait et l’harmonisation n’aurait pas été faite. Les gros cailloux auraient débordé du vase.
Dans votre vie vos tâches ont une priorité et vos gros cailloux sont à mettre en premier dans votre bocal
A vous de voir quels sont les gros et petits cailloux de votre vie »

Note : 5 sur 5.

Le poids de rien

Une mésange interroge une colombe :

– Sais-tu ce que pèse un flocon de neige ?

– Rien d’autre que rien… répond la colombe.

Alors, la mésange raconte un souvenir :

– Un jour, j’étais perchée sur la branche d’un sapin lorsque la neige s’est mise à tomber, à tomber. Ce n’était pas une tempête, oh non, mais une chute progressive, lente et majestueuse. Les flocons se posaient sur ma branche : on aurait dit un rêve blanc.

– Je me suis amusée à les compter ! Il en est tombé 3 751 952. Au moment où le 3 751 953e s’est posé, rien d’autre que rien, comme tu dis, la branche à cassé…

Sur ce, la mésange s’envole. Restée seule, la colombe, bien perplexe, se met à réfléchir. Depuis la nuit des temps, elle ne pense qu’à la paix, la paix dont elle est devenue le symbole… Hochant la tête, elle se dit alors :

– Il ne manque peut-être qu’une personne pour que tout bascule et que le monde vive en paix…

Note : 5 sur 5.

Le miroir de la vie

Un jeune homme arrive avec son baluchon à la porte d’un village et pose la question :

Comment sont les gens ici ?

Le vieillard à qui il s’adresse lui répond :

Et dans ton village comment étaient-ils ?

Le jeune homme s’empresse de lui dire :

– Ils étaient gais, aimables, serviables, respectueux envers leurs épouses, ils partageaient toute ce qu’ils avaient avec celui qui n’avait rien, ils aimaient beaucoup les enfants…

– Tu les trouveras pareils ici !

Le lendemain, arrive au village un autre jeune homme, qui pose au vieillard la même question :

– Comment sont les gens ici ?

Le vieillard lui répond :

– Dis-moi comment ils étaient dans ton village.

– Dans mon village, les gens étaient menteurs, méchants, méprisants, avec les plus pauvres mais aussi avec les femmes, ils n’aimaient pas jouer avec les enfants, ils étaient gloutons, ivrognes, orgueilleux.

Le  premier jeune homme qui avait entendu la conversation du vieillard avec le nouvel arrivant, vient trouver le vieillard et lui demande pourquoi il lui a dit tout autre chose quand il lui a posé la même question.

– Quand dis-tu la vérité ?

– Je t’ai dit la vérité et j’ai dit également la vérité à l’autre jeune homme.Les hommes sont comme, toi tu les vois. Toi, tu es bon et souriant, les gens que tu rencontreras seront, à leur tour, bons et souriants avec toi. L’autre jeune homme est sans foi ni loi, ainsi seront avec lui les personnes qu’il rencontrera.

Note : 5 sur 5.

On devient soi-même en posant des choix

 En dépit des apparences, on ne devient pas adulte en grandissant physiquement, en prenant davantage d’ampleur, en s’approfondissant par la réflexion. On devient soi-même avant tout en posant des choix et en prenant des décisions. C’est essentiellement dans l’acte de choisir que l’esprit humain s’affirme et s’incarne. Nos choix expriment la conscience que nous avons de nous-mêmes, et en même temps ils rendent possible cette prise de conscience. En revanche, les gens qui ne choisissent pas, ou choisissent à moitié, demeurent dans la condition immature de suivre la musique qu’on leur joue. Ils dansent si quelqu’un leur joue de la flûte, et pleurent si quelqu’un d’autre décide qu’un chant de deuil est maintenant de circonstance. Celui qui n’est pas vraiment apte à se décider soi-même finira par s’apercevoir que son milieu, sa famille, ses propres goûts ou tout autre facteur extérieur à lui, usurpent la fonction que son esprit devrait assumer. Des hommes ont lutté pendant des siècles contre l’esclavage, fermement convaincus que cette forme de contrainte imposée était un mal ; or aujourd’hui – quelle ironie ! – bien des gens consentent à un esclavage volontaire : celui de l’indécision.

John C. Haughey s.j. Should Anyone Say Forever, Chicago 1972

Note : 5 sur 5.